Ça ne sert à rien. [Solo]

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Ça ne sert à rien. [Solo]

Message par Jan Lyons le Dim 11 Juin - 2:16


Ça ne sert à rien.
FT. JAN

« Ça ne sert à rien. »
Jan fixe la double page du livre ouvert dans sa main droite sans en lire les mots. Il n’est nullement plongé dans ce gouffre qu’est la perte dans ses propres pensées ; il fixe les mots et les perçoit parfaitement, mais ne les lit pas. Il n’a pas la moindre envie de les lire, il déteste la lecture – il a toujours trouvé cette activité des plus ennuyeuses, voire enrageantes, et il étranglerait volontiers celui qui l’a mené dans cette bibliothèque, et lui a fichu ce livre devant le nez, mais cela risquerait de s’avérer difficile.
Il le pose d’un coup sur la table, d’une mine dégoûtée, comme s’il était moisi sur les bords. Il est cependant en parfait état, et en le posant, il peut parfaitement en lire le titre : Brave New World. Le nom de l’auteur, en lettre blanches, juste en dessous, est Aldous Huxley. D’un mouvement brusque, Jan relève la tête, comme écœuré par l’idée même d’avoir lu cette vingtaine de lettres. Il découvre donc qu’il est seul, absolument seul – on dirait que même dans une ville sans sens ni but, très peu de monde atteint un stade d’ennui assez grave pour penser s’amuser dans une bibliothèque. Il aurait probablement pu découvrir cette information en rentrant, ou même en s’asseyant à cette table, mais eût-il été lui-même, il ne serait jamais rentré, et encore moins se serait-il assis, livre en main.
Le jeune homme pose ses deux coudes sur la table, et son menton entre ses mains, jetant de lents regards alentour. Il ne sait pas quoi faire. Sa plus forte envie est de sortir d’ici, mais quelque chose en lui l’en empêche, comme si s’en aller allait interférer avec sa vie d’une manière ou d’une autre. Il reste donc assis, immobile, et chaque seconde passée ainsi noircit un peu plus sa colère ; et il est bientôt, sans raison apparente, absolument furieux. D’un grand geste, il déplace sa main pour attraper le livre toujours posé sur la table, mais c’est délicatement que ses doigts touchent la couverture et tiennent l’œuvre face à ses yeux.
« Salaud. », pense-t-il. « Salaud. »
Et cette injure unique se répète en lui, alors qu’il souhaite serrer le livre dans son poing jusqu’à le froisser, mais n’y arrive pas. Il jette son bras en arrière, avec le but de le lancer en avant ; et c’est ce qu’il fait, tentant de lâcher ce qu’il tenait au dernier moment, mais là encore, n’y parvenant pas. Le livre, entre ses doigts, ne fait que piquer légèrement de l’avant.
Il lâche le livre, et ouvre grand les yeux. Il croit qu’il va hurler.
« LAISSE MOI ! » crie-t-il, crie-t-il en son esprit.
À cet instant, ce ne sont pas ses ongles, mais des griffes qu’il mène vers son bras, comme pour ouvrir une brèche libérant le démon ne voulant pas se taire en lui – mais il s’arrête au dernier moment. Plus calmement, il dirige sa main vers son genou, et délicatement touche le bracelet qui l’entoure. Quelques secondes il reste relativement immobile, ne faisant que relever doucement le bras.
Puis ses doigts se crispent, voulant se serrer en ses mains sans tout à fait le faire. Il ne peut rien faire et ne supporte pas cette idée ; il crie en son esprit, crie à quelqu’un de le laisser, de le laisser vivre, de s’en aller, supplie de le laisser se lever.
Et deux minutes plus tard, le voilà debout, un grand sourire aux lèvres. Il se sent enfin libre, mais n’a pas envie de dire merci ; personne ne le mérite, même pas lui. Il attrape le livre sans y prêter trop d’attention, ni tenter de le détruire, et il se dirige vers les étagères pour y trouver sa place. H, H, Hu, Huxley. Il écarte rapidement les livres autour pour y caser en un court lancer celui qu’il tient, puis s’éloigne plus rapidement encore qu’il est venu, discrètement, comme une ombre – si ce n’est l’ombre de lui-même.
Ne regardant plus rien autour de lui, il se jette presque sur la sortie, et se retrouve sur la place de la ville, juste devant la porte. Que faire, maintenant ? se demande-t-il. Il jette encore un regard alentour, à la recherche de quelque activité qui le rendrait plus libre encore que l’air frais de l’extérieur ne le fait sentir – mais soudain, ses pupilles se dilatent, et ses yeux s’ouvrent grand, comme s’il avait vu un monstre.
Cela ne dure qu’une milliseconde, et le voilà maintenant qui fixe le sol d’un air pensif, calme, et presque neutre à tout ce qu’il est, et ce qu’il a.
Jan pousse un léger soupir, entre exaspération et soulagement. Il fait quelques pas en avant, dans le but probablement de rentrer chez lui, puis il s’arrête, et regarde son téléphone. 15h17, affiche l’horloge numérique sur son écran d’accueil. Il a reçu quelques messages, qu’il lit rapidement, décidant qu’il y répondrait en rentrant, un peu plus tard.
Il sourit paisiblement, comme s’il avait qui que ce soit face à lui pour observer ce sourire.
« Je lirai plus tard, aussi. », se dit-il.
Et c’est finalement le même Jan qui s’est dirigé vers la bibliothèque qui s’en va ; et des pensées aléatoires en lui crient qu’il est un salaud.
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